jeudi 29 novembre 2012

Ma première leçon de responsabilité

Il fut une époque où j'ai écrit plusieurs articles sur le leadership, la motivation, le travail d'équipe et d'autres sujets de croissance personnelle.  Mon infolettre était distribué à plus de 1000 personnes.  Par l'entreprise de ce blogue, je me permet de vous les partager à nouveau.  En espérant qu'ils sauront vous plaire.


Ma première leçon de responsabilité, je l’ai eue à l’âge de 15 ans. Malgré le fait que plusieurs années se soient écoulées depuis cet événement, il n’en demeure pas moins qu’il me fait encore sourire aujourd’hui. Je crois qu’il est à jamais gravé dans ma mémoire.

À cette époque, je jouais au hockey pour les Citoyens de Hull de niveau « bantam AA majeur ». Nous étions l’une des meilleures équipes du circuit. Nous avions le privilège d’être entraînés par un des anciens gardiens de but du Canadien de Montréal, Michel « Bunny » Larocque.

En effet, Bunny a été porte-couleur des Canadiens de Montréal durant les années 1970, une décennie brillamment dominée par les Habs et où l’équipe remporta plusieurs coupes Stanley consécutives. Bunny fut également récipiendaire de plusieurs trophées Vézina. En d’autres mots, il connaît très bien son hockey.

Durant une séance d’entraînement, nous pratiquions les sorties de zones. Étant un allier gauche, mon rôle était de me tenir sur le côté de la bande et d'attendre que le défenseur me fasse une passe que je devais ensuite immédiatement rediriger vers le centre. Jeu de base. On l’avait pratiqué mille et une fois.

La simulation débute. Je me dirige vers l’endroit où j’avais la responsabilité de me tenir. Je freine et j’attends que mon défenseur fasse la passe vers moi. Sauf que ce dernier, en contournant le filet pour me refiler la rondelle, perd possession de celle-ci qui glisse lentement dans le coin de la patinoire. Je me dis « Mon rôle c’est de rester ici et d'attendre que le défenseur me passe la rondelle » et c’est exactement ce que j’ai fait. J’ai attendu.

Mais, malheureusement pour moi, un de mes coéquipiers, qui jouait le rôle de l’adversaire, s’est dirigé à toute allure dans le coin et devança mon défenseur pour prendre possession de la rondelle. Il fit une passe magnifique à son compagnon de trio qui marqua dans le coin supérieur du filet. Un coup de sifflet se fit entendre…

- Qu’est-ce que tu fais là Lauzon ? Pourquoi n’es-tu pas allé chercher la puck dans le coin. Tu as bien vu que la puck était là non ? Tu attends quoi au juste ?

Oui, en principe j’aurais pu y aller mais c’était la responsabilité de mon défenseur de me refiler la rondelle. Ce n’était pas de ma faute s’il avait perdu le contrôle de celle-ci. S’il m’avait fait une passe comme il devait le faire, il n’y aurait pas eu de but. C’est lui qui était à blâmer dans toute cette histoire. Moi je n’avais rien à voir avec ça. Mon corridor était couvert. J’étais là où je devais être ! Et j’étais convaincu que Bunny, fin connaisseur de hockey, était pour comprendre.

Oh ! Dieu que je me suis trompé.

En pointant mon coéquipier, j’ai dit : Oui mais si seulement il m’avait fait la passe...

Qu’aurais-je fait pour reprendre les paroles que je venais de dire.

Je vais vous épargner la conversation unidirectionnelle qui a eu lieu durant cet entraînement. Une conversation d'à peine une minute mais je peux vous assurer que cette minute me sembla une éternité. Ce que je peux vous dire par contre, c’est que je sentais la glace fondre en dessous de mes lames de patin. Je voulais tout simplement disparaître.

J’avais saisi le message.

Aujourd’hui, en prenant du recul, je comprends que je ne pouvais rien faire parce que mon coéquipier avait perdu le contrôle de la rondelle. Même si je le blâmais pour la sortie de zone avortée, cela ne changeait absolument rien à la situation et contribuait même à l’empirer.

Certes, quitter ma position et me diriger dans le coin de la patinoire, dans le but de récupérer le plus rapidement possible la rondelle, nécessitait que je prenne un risque. Il m'aurait fallu sortir de ma zone de confort et me faire bousculer par mes adversaires. Je devais fournir des efforts supplémentaires pour arriver à reprendre le contrôle du disque. Mais en fin de compte, les chances que je reprenne le contrôle du disque étaient de loin supérieures à la décision que j’avais prise à ce moment, soit de demeurer à ma position dans l’espoir que la rondelle apparaisse miraculeusement sur la palette de mon bâton.

Je crois que cette histoire est une excellente métaphore de notre vie de tous les jours. Combien de fois vous est-il arrivé d’anticiper une situation ou une récompense mais juste avant qu’elle ne se présente, un événement impromptu survient et vous devez consentir des efforts extraordinaires pour mériter cette récompense ? Comment avez-vous réagi devant ces situations ?

Beaucoup réagissent en rationnalisant au lieu de prendre leur responsabilité et de faire face à la musique.

- C’est la faute de mon planificateur financier si mes RÉER n’ont pas donné le rendement prévu. Si seulement ils avaient fait plus de profits, il est évident que je créerais mon entreprise ;

- C’est la faute de mon épouse si les 30 dernières années de notre union ont été si misérables. Si seulement elle avait été plus présente, on ne serait pas dans cette situation ;

- C’est à cause de la récession que je suis coincé dans cet emploi que je déteste. Si seulement l’économie reprenait, je me dénicherais un nouvel emploi ;

- C’est la faute de mes enfants si je suis stressé. Si seulement ils m’écoutaient davantage, je m’inquièterais moins ;

- Si seulement mes employés changeaient leurs habitudes de travail, mon entreprise aurait un bien meilleur rendement ;

- Si seulement, si seulement, si seulement.

Les êtres extraordinaires ne se disent pas si seulement car ils savent que c’est de l’énergie gaspillée. Au lieu de s’apitoyer sur leur sort, ils font face à leurs responsabilités en agissant. Ils transforment leur ordinaire en extraordinaire tandis que les autres attendent la rondelle.

Les choses changent le jour où nous prenons la responsabilité de les changer.

Bref, l’expérience vécue avec Bunny en est une que je ne n’oublierai pas de sitôt. Chaque fois que je me surprends à rationaliser (si seulement, oui mais, etc.), je me rappelle cette première leçon de responsabilité et je fonce vers la rondelle.

Bonne journée à tous et merci de faire circuler ce texte.


Steve Lauzon
Loz | Hockey