samedi 23 février 2013

Pas de programme, pas de progrès

J’ai eu la chance dans ma vie de participer à plusieurs projets d’affaires. J’ai codirigé des entreprises, siégé sur des conseils d’administration OSBL, créé une fondation, mis sur pied des programmes de développement et autres. Dans tous les cas, mesurer le succès de l’organisation était quelque chose de difficile à réaliser. Souvent, je mesurais le succès par la quantité de revenus générés ou encore, la quantité de participants à une conférence.


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Un leader instaure une vision et inspire les autres à le suivre

La même chose s’applique pour une association de hockey mineur. Il est difficile de mesurer l’efficacité du programme qu’elle encourage puisque plusieurs facteurs doivent être pris en considération. Par exemple, le bassin de joueurs disponibles, la qualification des entraîneurs, le nombre de bénévoles, etc.

Mais si on demande au plus commun des mortels, plusieurs vont associer le succès de l’association par le nombre d’équipes victorieuses qu’elle a sous sa gouverne, le nombre de tournois que ses équipes réussissent à remporter, le nombre de joueurs évoluant pour les équipes régionales AA/AAA ou encore repêchés dans les plus hauts niveaux.

Certes, c’est plaisant lorsque nos équipes performent bien lors des tournois, lorsqu'un des nôtres se fait repêcher ou que nos équipes figurent à la tête de leurs classements respectifs. Après tout, gagner un championnat est définitivement plus amusant que l’alternative de le perdre. Mais c'est important de garder à l'esprit que ce n'est pas la priorité.  Ce sont aux directeurs des associations de veiller à ce que les critères soient plus globaux. Que le message qui est véhiculé et encouragé à travers l’association soit plus axé sur le développement du joueur.

Nous avons fait de véritables progrès comme communauté hockey au cours des dernières années. Je crois que de bons programmes ont été mis sur pied mais il y a encore beaucoup de chemin à faire. Il y a des limites à ce que Hockey Québec peut réaliser. Je crois que le reste revient aux associations où elles doivent démontrer du leadership et mettre sur pied des programmes, des cliniques et des séances pour contribuer davantage aux développements des joueurs et du personnel d’encadrement qui les supervise tout au long de la saison.

À mon avis, le succès d’une organisation, qu’elle soit d’affaires, OSBL, comité, ou association de hockey mineur, commence avant tout avec l’élaboration d’un bon programme. Sans programme, il devient extrêmement difficile voire impossible de faire du progrès. Et ce programme doit être adopté par tous les membres de l'organisation.

Prenez en considération ces quelques items lorsque vous mettez sur pied votre programme ou encore, mesurez le succès de ce dernier.

Avez-vous des problèmes lors des parties?
S’il n’y a pas de bisbilles dans les estrades durant un match et que les parties se déroulent sans anicroche, tant mieux. Par contre, si c’est le contraire, considérez créer des séances éducationnelles pour les parents sur l’importance de demeurer positif et de respecter le code d’éthique. Il y a une raison pour laquelle le code d’éthique existe et à la base, c’est pour le bien du jeune. C’est du devoir de l’association de, non seulement veiller à ce qu’il soit respecté, mais aussi soit compris et encouragé.

Idées :
  • Créez une séance au début de l’année pour les parents afin d'expliquer le code d’éthique et les bienfaits directs que celui-ci a sur les joueurs;
  • Faites une séance de mise à jour au cours de l’année;
  • Créez une vidéo et affichez-là sur votre site web pour remémorer les parents;
  • N’ayez pas peur de discipliner en conséquence. Vous démontrerez alors tout votre leadership et les 95% des autres parents vous remercieront !
Est-ce que vos entraîneurs servent de modèles positifs auprès des joueurs ?
Un entraîneur qui encourage et favorise le développement des joueurs en fournissant un environnement propice à l’apprentissage est un critère important à considérer. C’est non seulement un critère important, c’est à mon avis le plus important de tous. L’association doit réaliser que ces individus sont la colonne vertébrale de l’organisation.

Lorsqu’un entraîneur comprend l’aspect éducationnel du hockey, ce dernier transmet aux jeunes, non seulement des connaissances au niveau hockey (habiletés techniques, tactiques individuelles et collectives, stratégies, etc.), mais il transmet aussi des bonnes leçons de vie (leadership, éthique de travail, esprit et travail d’équipe, persévérance, résilience, etc.).

Lorsqu’un entraîneur a une influence négative sur les joueurs, ça devient rapidement une source de distraction et le focus est mis sur la personne (le coach) au lieu sur le développement (le joueur). L’association a des principes, des valeurs et des règles. C’est la responsabilité de celle-ci à veiller à ce qu’ils soient respectés, et ce, en tout temps.

Idées :
  • Avez-vous des valeurs et des principes fondamentaux en tant qu’association? Sinon, mettez-vous à la tâche et définissez vos valeurs et principes ! Par la suite, partagez le tout avec vos membres. Ne sous-estimez surtout pas le pouvoir de cet exercice. La clarté élimine souvent les conflits;
  • Si vous avez des valeurs et des principes clairement définis, assurez-vous qu'ils sont orientés vers le joueur. Si ce n'est pas le cas, révisez vos valeurs et principes;
  • Créez une séance au début de l’année pour les entraîneurs qui explique le code d’éthique et les bienfaits directs que celui-ci a sur les joueurs;
  • Offrez des séances sur des techniques de communication avec les pré-adolescents et adolescents. Ce n’est pas parce que l’on est un adulte ou encore, avons joué du hockey de très haut niveau que l’on sait comment communiquer avec ces générations.
  • N’ayez pas peur de discipliner en conséquence! Et si la situation se répète, remerciez l’entraîneur. Réalisez que si vous ne le faites pas et autorisez ce genre de comportement à continuer, vous contribuez à faire du hockey une expérience négative pour tous les joueurs qui sont sous sa supervision.

Vos joueurs apprennent-ils, s’améliorent-ils et s’amusent-ils?
Certes, les joueurs et entraîneurs doivent se préparer et viser la victoire mais l’opportunité d’apprendre, de se développer et d’avoir une expérience enrichissante sont les véritables facteurs qui déterminent le niveau de succès.

Assurez-vous que vos joueurs se font évaluer, au minimum, au début et à la fin de la saison. Si ce n’est pas le cas, comment savoir si le joueur a véritablement progressé? C’est du devoir de l’organisation de veiller à ce que ses entraîneurs s’assurent que les joueurs progressent ET que ces derniers puissent voir leurs progrès. La plus grande source de motivation des êtres humains est de voir que nous progressons vers l’atteinte d’un objectif fixé.

Et pour le plaisir, est-ce que cela se mesure? Bien sûr, c’est simple. Les enfants ont-ils le sourire lorsqu’ils parlent de leur équipe et de la saison? Si oui, tant mieux. Sinon, posez-vous des questions.


Idées
  • Demandez à voir les fiches d’évaluation de chacun des joueurs. Si elles ne sont pas disponibles, faites-en une priorité avec l’entraîneur de transmettre une évaluation de quelque sorte avec le joueur;
  • Offrez des gabarits de formulaires d’évaluation du joueur et enseignez aux entraîneurs comment les compléter;
  • Pas obligé d’évaluer 56 items. À la limite, fixez 2 à 3 objectifs généraux par joueurs pour la saison.  C'est amplement suffisant. Assurez-vous par contre que ces objectifs sont écrits et partagés avec le joueur en question. 
  • N’ayez pas peur de discipliner en conséquence!
  • Si les joueurs n’ont pas de plaisir, assoyez-vous avec l’entraîneur et mettez sur place un plan d’action pour remédier à la situation.

Est-ce que vos entraîneurs travaillent sur leurs propres compétences?
J’ai eu la chance d’avoir été initié à l’apprentissage continu dès l’âge de 15 ans. Depuis ce temps, j’aime lire et perfectionner mes connaissances dans tous les sujets qui m’intéressent. Et c’est la même chose au hockey. On n’arrive jamais au top. On doit chercher continuellement à se développer. Ce n’est pas parce que tu as joué junior majeur que tu n’as pas à te ressourcer. Et ce n’est pas parce que tu as une maîtrise en éducation que tu n’as pas à te ressourcer non plus. Le hockey est en constante évolution et les générations changent. Nous devons prendre notre propre développement en main.

L’association et les joueurs sont les grands bénéficiaires de la compétence des entraîneurs. C’est une partie importante du succès de l’organisation.


Idées :
  • Offrez-vous des cliniques spécialisées au cours d’une saison? Pourquoi ne pas offrir des cliniques sur la préparation d’un entraînement, le positionnement en zone défensive, les techniques de patinage, l’attaque par le triangle offensif, etc. Je suis persuadé que beaucoup d’entraîneurs apprécieraient... du moins, moi je serais le premier inscrit !
  • Supervisez-vous les entraînements? En supervisant les entraînements, les associations seraient en mesure d’évaluer où sont les véritables besoins.
  • Offrez-vous des ressources pour vos entraîneurs? Des liens vers des sites web, des articles, des vidéos, des idées de pratiques. Créez une communauté d’entraîneurs et encouragez l’échange d’informations. 
  • N’ayez pas peur d’offrir de l’aide à un entraîneur en besoin, qui le demande ou pas.
  • Demandez des comptes rendus à chaque entraîneur sur le progrès qu’il fait sur son plan de saison.
  • N’ayez pas peur de discipliner en conséquence!
  
Bref, il y aurait sûrement d’autres critères à prendre en considération mais c’est un début. Je demeure persuadé que tout passe par le leadership de l’association. Elle doit prendre les devants et instaurer un programme de développement pour ses joueurs et entraîneurs. Un programme qui propage des valeurs et principes axés sur le respect, le leadership et le travail d’équipe. Et elle doit avoir l’audace de s’assurer que ses valeurs et principes soient respectés de tous, quitte à remercier les personnes qui n’adhèrent pas au programme.

Je réalise :
  • Qu’il y a d’excellents bénévoles au sein de chacune des associations qui s’investissent corps et âme pour le bien des jeunes.
  • Qu’il y a aussi d’excellents entraîneurs pour lesquels je n’hésiterais même pas une seconde à leur confier mon fils
  • Qu’il y a aussi d’excellentes ressources qui pourraient contribuer au développement de chacune des associations mais qui, malheureusement, ne s’impliquent pas ou ne veulent tout simplement plus s’impliquer pour des raisons du passé.

Pour cela, j’en suis des plus convaincus pour les avoir personnellement rencontrés dans ma propre association. Des gens dédiés, honnêtes et respectueux.

Je crois, par contre, qu’il est temps de se remettre en question, d’arrêter de suivre la parade existante et d’en créer une nouvelle. Une nouvelle axée sur le développement de tous. Et d’ici quelques années, le programme aura maturé et l’association deviendra un modèle pour celles avoisinantes.

Certes, ça prend du travail, du courage et surtout, du leadership. Un leader n’est pas déterminé par le poste qu’il occupe. Loin de là. Un leader est déterminé par la vision ambitieuse qu’il instaure, par les décisions difficiles et actions audacieuses qu’il prend et surtout, par ses qualités à inspirer les autres à le suivre dans l’aventure.

Merci de partager ce texte.

Steve Lauzon
Loz | Hockey
slauzon32@gmail.com